vendredi 20 septembre 2013

La Vie Devant Gary


Cet homme est l'auteur du plus formidable canular littéraire du XXème siècle.

En 1975, les éditions du Mercure de France reçoivent par la Poste, un manuscrit signé Emile Ajar.
Il s'agit d'un roman intitulé "La Vie Devant Soi".
Conquis, l'éditeur le publie en septembre : le voilà en piste pour les prix littéraires de la rentrée.
Et c'est le plus prestigieux d'entre eux qui lui échoit : le Goncourt, par 6 voix sur les 10 jurés.


Mais l'auteur reste invisible.
Et l'éditeur ne l'a jamais rencontré.
Quelques jours plus tard, il se fait connaître et commence la tournée des télévisions et des radios.

Ce n'est qu'en 1980, à la mort de Romain Gary que la vérité sera révélée.
Car c'est Gary qui était réellement Emile Ajar.
Celui que les médias ont encensés n'était qu'un de ses cousins, Paul Pavlovitch.


Le romancier iconoclaste, vilipendé par la critique, majoritairement de gauche alors qu'il s'est toujours présenté comme gaulliste, décrié et décrit comme fini, a voulu recouvrer sa liberté littéraire et faire un pied-de-nez à l'ntelligentia qui le méprisait en affirmant son talent.

Il est devenu ainsi le seul écrivain a avoir reçu deux fois la Prix Goncourt, puisqu'il avait été couronné en 1956 pour "Les Racines du Ciel".

Madame Rosa, une vieille juive qui a connu Auschwitz et qui, autrefois, se défendait avec son cul , rue Blondel à Paris, a ouvert une pension clandestine où les prostituées laissent leurs rejetons pendant quelques mois pour les protéger (de l'Assistance publique ou des représailles des proxénètes). Momo, jeune musulman d'une dizaine d’années, raconte sa vie chez madame Rosa et son amour pour la seule « mère » qui lui reste, cette ancienne prostituée, devenue grosse et laide et qu'il aime de tout son cœur. Le jeune homme accompagnera la vieille femme jusqu'à la fin de sa vie.

Porté à l'écran en 1977 par Moshé Mizrahi avec Simone Signoret dans le rôle de Madame Rosa.


Xavier Jaillard l'adapte au théâtre en 2008.

Gilbert Becaud, sur une adaptation anglaise de Julian Moore, compose "Roza" pour Broadway.

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Voici un extrait du roman : à vous de juger si l'ouvrage méritait son aura.

Il se marrait tout le temps car il était né de bonne humeur. 
J'ai cessé d'ignorer à l'âge de trois ou quatre ans et parfois ça me manque. 
Il était déjà très vieux quand je l'ai connu et depuis il n'a fait que vieillir. 
Elle était si triste qu'on de voyait même pas qu'elle était moche. 
Elle avait tout le temps peur, mais pas comme tout le monde, elle avait encore plus peur que ça. 
J'étais sûr que si je bougeais, ça allait hurler et sauter sur moi de tous les côtés, avec des monstres qui allaient enfin sortir d'un seul coup au lieu de rester cachés, comme ils le faisaient depuis que j'étais né. 
Je vous dis ça tout de suite pour vous épargner les émotions plus tard. 
Je raconte ça pour me mettre un peu de bonne humeur. 
Les gens tiennent à la vie plus qu'à n'importe quoi, c'est même marrant quand on pense à toutes les belles choses qu'il y a dans le monde. 
Moi je crois que les juifs sont des gens comme les autres mais il ne faut pas leur en vouloir. 
Parfois on se regardait en silence et on avait peur ensemble parce qu'on avait que ça au monde. 
Le docteur Katz disait qu'il n'y a rien de plus contagieux que le psychologie
Monsieur Hamil est un grand homme, mais les circonstances ne lui ont pas permis de le devenir. 
Je ne tiens pas tellement à être heureux, je préfère encore la vie. 
Le bonheur, je vais pas me lancer là dedans avant d'avoir tout essayé pour m'en sortir. 
J'étais tellement heureux que je voulais mourir parce que le bonheur il faut le saisir pendant qu'il est là. 
A Belleville, il n'y a pas d'établissements pour les bonnes femmes moches qu'on appelle instituts de beauté. 
Je me suis couché par terre, j'ai fermé les yeux et j'ai fait des exercices pour mourir, mais le ciment était froid et j'avais peur d'attraper une maladie. 
Ils savent bien ce qui les attend et on voit dans leurs yeux qu'ils regardent en arrière pour se cacher dans le passé comme des autruches qui font de la politique. 
Je voudrais aller très loin dans un endroit plein d'autres choses et je ne cherche même pas à l'imaginer pour ne pas le gâcher. 
Je l'aimais bien mais c'était quelqu'un qui ne ressemblait à rien et n'avait aucun rapport. 
Mais Monsieur Hamil s'était perdu à l'intérieur parce que la vie fait vivre les gens sans faire tellement attention à ce qui leur arrive. 
Madame Rosa, c'est seulement la vie, on peut vivre très vieux avec ça. 
Madame Rosa je lui aurais promis n'importe quoi pour la rendre heureuse parce que même quand on est très vieux le bonheur peut encore servir. 
Il avait relevé le col de son pardessus et n'avait pas de cheveux comme beaucoup de chauves. 
Il s'est tourné vers moi et il m'a regardé attentivement comme s'il cherchait un nez qu'il avait perdu. 
Moi je souriais aussi, mais à l'intérieur j'avais envie de crever. 
Quand ils ont enfoncé la porte pour voir d'où ça venait et qu'ils m'ont vu couché à côté, ils se sont mis à gueuler au secours quelle horreur mais ils n'avaient pas pensé à gueuler avant parce que la vie n'a pas d'odeur. 
La vie, c'est pas un truc pour tout le monde. 

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