vendredi 10 avril 2009

Léopold Sédar Senghor

Joal (Sénégal), 9 octobre 1906 - Verson (France), 20 décembre 2001.

Il fût Président du Sénégal de 1960 à 1980, mais pas seulement...
Poète, il devint le premier africain à siéger à l'Académie Française en 1984, sous le regard attendri de François Mitterrand...et devinez qui lui succéda ? Valery Giscard d'Estaing !

Comme je passais

Comme je passais rue Fontaine,
Un plaintif air de jazz
Est sorti en titubant,
Ebloui par le jour,
Et m'a chuchoté sa confidence
Discrètement
Comme je passais tout devant
La Cabane Cubaine.
Un parfum pénétrant de Négresse
L'accompagnait.

Voilà bien des nuits,
Voilà bien des jours au sommeil absent.
Réveillés en moi les horizons que je croyais défunts.

Et je saute de mon lit tout à coup, comme un buffle
Mufle haut levé, jambes écartées,
Comme un buffle humant, dans le vent
Et la douceur modulée de la flûte polie,
La bonne odeur de l'eau sous les dakhars,
Et celle, plus riche de promesses, des moissons mûres
Par les rizières.

Perles

Perles blanches,
Lentes gouttelettes,

Gouttelettes de lait frais,

Clartés fugitives le long des fils télégraphiques,

Le long des longs jours monotones et gris !
Où vous en allez vous ?

A quels paradis ? A quels paradis ?

Clartés premières de mon enfance

Jamais retrouvée...

Pourquoi

Pourquoi battre le rappel
Du jazz imagination

De la bamboula des paroles

Au clair de ma jeunesse ?


Renvoyons l'harmonie tumultueuse des hanches,
La frénésie des seins bondissant et bramant
A travers les forêts parfumées,

Renvoyons les longs jours titubants, ivres de vin.

Pauvre convalescent,
Dévêtons-nous de violence.


Seulement un peu d'air vert et vif

Et léger, comme une mousseline

Autour de nous, n'est-ce pas ?

Et le repos tranquille,

Calme,

Sous le tiède soleil d'une affection sororale.


Regrets
"A la mémoire de Soukeina"

La gracilité de la gazelle
S'est fondue au crépuscule mourant
Dans la vallée.

L'éclair d'un trait d'ambre
Immuable en mon coeur s'est fixé,
En mon coeur saignant d'un regret inapaisé.

Car le parfum de mon songe inouï,
Splendeur du ciel tropical,
M'a trop bien ébloui pour les temps à venir.

Amie, quelles peines as-tu éteintes ainsi ?
Dis-moi, quels incendies au feu dévorant
As-tu donc plongés au fleuve froid

D'amertume ?
Pour moi, j'eusse donné tant,
Pour toi, plus belle que le crépuscule.

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